05 octobre 2005

Chapitre 5 – Premières et rodage

Ces trois dernières semaines, je me suis concentré sur mon développement psychique et physiologique. J’ai passé beaucoup trop de temps à dormir et à jeûner, et ce laisser-aller n’était pas très constructif. J’ai désormais de longues périodes d’éveil, dont je profite pour contempler les plafonds, les armoires, le jour qui entre par la fenêtre, et surtout le plafonnier du salon, qui exerce sur moi une véritable fascination. Et je mords à pleines gencives dans ma nouvelle vie de loose tongue. Je réclame mon repas à grands cris, et dès qu’il est à portée, je me jette sur lui comme le prince lionceau affamé que je suis.

Grâce au lait riche et abondant de la Mère, je gagne quotidiennement environ 60 grammes, soit le double de la moyenne nationale! J’ai repris tout le poids que j’avais perdu durant ma période tight tongue en moins d’une semaine. Je ne suis pas gros pour autant: j’ai pris surtout dans le cerveau. Je m’en viens avec un maudit beau body. Je ne suis plus le nouveau-né feluette des premiers jours.

Je suis d’ailleurs toujours aussi remarqué — et convoité — par les représentants de l’autre sexe. Il semble que mon visage ne fasse qu’embellir avec l’âge. On m’arrête même dans la rue pour m’admirer, me demander mon âge, me complimenter et féliciter les Parents.

Ma facilité d’allaitement ayant conféré à ces derniers une nouvelle liberté d’action, nous avons réalisé toute une série de premières:

  • 18 septembre, 1er tour de poussette;
  • 19 septembre, 1er repas au resto (suivi de plusieurs autres);
  • 25 septembre, 1re sortie en porte-bébé & 1er tour de métro;
  • 30 septembre, 1re sortie au cinéma (un film genre «répertoire», vraiment plate, j’ai dormi tout le long).
Plus récemment, j’ai commencé à installer une petite routine quotidienne: grasse matinée avec la Mère, contemplation méditative dans le salon, promenades dans le quartier, quelques bons sommes, multiples allers-retours dans tout l’appart, plusieurs repas savoureux, et une dernière sieste sur le Père, devant la télévision, avant d’aller dormir du sommeil du juste (car je suis l’innocence même) une nuit paisible dans le lit parental (paisible, ça dépend des fois).

Un point en particulier demeure cependant une source d’insatisfaction: je m’exprime avec trop peu de nuance. Dès que la situation devient inconfortable (si par exemple je suis fatigué de tant de contemplation, ou si je suis pris du blues de l’inertie), j’entonne promptement et vigoureusement l’un de mes grands succès: «Sortez-moi d’ici», «Je veux parler à mon avocat», «Arrêtez, je vais tout avouer», «Je suis un incompris», et le classique «Erreur sur la personne (je n’ai pas besoin de ce bain)». La nuit, sans raison apparente, je fais des symphonies de bruitage buccal digne des effets sonores de Star Wars (c’est ce qu’on m’a dit). Il faut croire que j’aime manifester auditivement mon état de vivant, même endormi.

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Voilà qui complète ma chronique pour aujourd’hui. Si par hasard vous souhaiteriez être averti(e) de la publication des prochains chapitres, envoyez-moi votre adresse courriel à hugohardy@gmail.com.